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Michel Fano, l’écoute active

La disparition de Michel Fano, le 31 août 2026 à l’âge de 96 ans, donne du fil à retordre à ceux qui veulent rembobiner sa vie, longue, et son œuvre aussi considérable que multiforme. Compositeur et musicologue, écrivain et réalisateur, il laisse le souvenir d’un créateur avant-gardiste, particulièrement actif dans la réinvention des relations entre le son et l’image. Entré précocement au conservatoire, il est frappé d’un « choc énorme », à 12 ans, devant l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy.
L’exigence d’une écoute « active »
Élève d’Olivier Messiaen, au conservatoire où il se lie d’amitié avec Pierre Boulez et Jean Barraqué, Michel Fano cachetonne comme pianiste avec Henri Salvador mais il s’oriente surtout vers la musique sérielle. Au début des années 1950, sa Sonate pour deux pianos puis son Étude pour quinze instruments sont des compositions ardues, exigeantes pour leurs interprètes et pour leurs auditeurs. À ces derniers, il demande, dans son livre Aspect de la musique contemporaine (1954), qu’ils pratiquent une écoute « active » : « De plus en plus agressé par un environnement sonore pollueur, peut-on espérer que la confusion entre “entendre” et “écouter” soit définitivement abolie : qu’il soit admis que l’écoute est un travail, au même titre que la lecture, l’appréhension d’un tableau ou d’un film ? » Ses recherches le rapprochent alors de l’école de Darmstadt et du Domaine musical, la société de concerts fondée par Boulez.
« Je ne fais pas de la musique de film »
La guerre d’Algérie marque une rupture. Rentré traumatisé en 1958, il envisage désormais de faire une carrière d’ingénieur du son pour le cinéma, domaine dans lequel il réinvente la relation du son à l’image. « Je ne fais pas de la musique de film », prévient Michel Fano qui conçoit un nouveau langage, les « partitions sonores », un concept emprunté à Edgar Varèse. Outre des activités de producteur, pour Hiroshima mon amour (1959) et L’Année dernière à Marienbad (1961) d’Alain Resnais, Fano applique sa théorie aux films d’Alain Robbe-Grillet, de L’Immortelle (1963) à L’Éden et après (1970). Proche de la Nouvelle Vague, il participe aussi à la musique du documentaire Loin du Vietnam (1967) auquel contribuent Godard, Varda, Lelouch… Il co-réalise même des documentaires animaliers, notamment Le Territoire des autres (1970) qui reçoit les éloges d’Orson Welles.
Soucieux de transmission, Michel Fano réalise sept heures d’émission pour Antenne 2, Introduction à la musique contemporaine, et dirige le département Son de la Femis. Il siège plus de vingt ans au sein de la Commission de la musique symphonique de la Sacem, y apportant sa vision exigeante et novatrice de la création musicale. Jeune compositeur, il peinait pourtant à s’enregistrer quand on lui demandait des partitions. C’est Georges Auric, président de la Sacem de 1954 à 1978, qui l’avait ainsi soutenu : « C’est fini, ces histoires de discriminations. Il y en a certains qui font de la musique autrement. Je me porte garant de la “professionnalité” musicale de Michel Fano. Il a envie de faire ça, je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas le droit. »
Entré à la Sacem en qualité de compositeur le 6 mars 1950, puis comme réalisateur le 15 mars 1983, il avait été promu sociétaire définitif dans la catégorie compositeur, le 23 mars 1978.
© Boris Lipnitzki / Studio Lipnitzki / Roger-Viollet
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