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Jean-Paul Rappeneau, cinéma (haute) voltige

© Jean-Pierre BONNOTTE/GAMMA-RAPHO
« L’aventure c’est l’aventure » (Claude Lelouch) aurait pu être le titre d’un des films de Jean-Paul Rappeneau. On s’y rencontre, on s’y bouscule, on fuit, on court, et, bien sûr, on s’aime. Perfectionniste notoire, ce cinéaste n’a jamais cherché à enchaîner les projets, planchant durant de longues années sur le rythme d’une seule réplique. Et ne sacrifiant jamais la beauté de l’image à l’accessibilité de son œuvre.
La comédie romantique à la française
Né le 8 avril 1932 à Auxerre, Jean-Paul Rappeneau aurait pu faire partie de la Nouvelle Vague, mais suivra une toute autre trajectoire. Moins radical, plus tranquille en dépit d’une vivacité d’esprit traduite par ses œuvres à venir, il fait ses armes d’assistant sur plateau, puis en tant que scénariste.
Il travaille avec Louis Malle sur Zazie dans le métro et Vie privée, Alain Cavalier sur Le Combat dans l’île, et participe activement à l’écriture de L’Homme de Rio de Philippe de Broca – ce qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur scénario original. En 1966, il a donc déjà 34 ans lorsqu’il passe à la réalisation avec La Vie de château, récompensé par le prix Louis-Delluc.
Passionné par la screwball comedy, ces comédies loufoques et endiablées façon George Cukor et Ernst Lubitsch, où le débit des répliques se fait à la mitraillette et où on gesticule pour mieux tomber amoureux, Rappeneau aura porté l’image d’une femme en quête d’indépendance, refusant les assignations et, en somme, n’en faisant qu’à sa tête (et son cœur). En témoignent Marlène Jobert dans Les Mariés de l’an II, Isabelle Adjani dans Tout feu, tout flamme et Catherine Deneuve dans La Vie de château et Le Sauvage. Lequel, coécrit avec Jean-Loup Dabadie, sorti en salles en 1975, décrypte les rouages d’un amour passionnel et chamailleur liant, pour le meilleur et les pires bêtises, Deneuve et Yves Montand. Dérapages, chutes, cris… et une musique de Michel Legrand, qui capte le swing singulier de Rappeneau, bien moins sage qu’il n’y paraît.
Du verbe et du brio
Après une comédie familiale assaisonnée à sa sauce, Tout feu, tout flamme, il faudra huit ans à Rappeneau pour revenir derrière la caméra. Et, surtout, connaître la gloire, grâce à son adaptation de la pièce d’Edmond Rostand, la déchirante et galvanisante Cyrano de Bergerac. Hors de question de sacrifier les alexandrins, transposés sur grand écran par Jean-Claude Carrière. Le rôle de l’amoureux poète, caché et transi, revient à Gérard Depardieu, couronné du prix d’interprétation à Cannes. La partition de Jean-Claude Petit, récompensée d’un César et d’une Victoire de la musique en 1991, porte chaque duel et chaque tirade avec la même énergie que les alexandrins. Quelques mois plus tard, Cyrano de Bergerac empoche dix César.
Ce sillon du blockbuster, Rappeneau le creuse au rayon cape et d’épée avec Le Hussard sur le toit, d’après Jean Giono, en 1995, pour lequel il retrouve Jean-Claude Petit cinq ans après leur premier duo. Décidément amateur de littérature, il fait appel à Patrick Modiano pour la co-écriture de Bon Voyage, étrange comédie se déroulant durant la débâcle. En 2015, il fera ses adieux au plateau de tournage avec la comédie chorale Belles Familles, toujours empreinte de cette science du mouvement, de cette mécanique volontairement mal huilée des sentiments.
Jean-Paul Rappeneau s’est éteint à Paris le 1er septembre 2026. Il était entré à la Sacem en qualité d’auteur le 24 juillet 1972, puis comme réalisateur le 4 mars 1998.
« Jean-Paul Rappeneau incarnait une certaine idée du cinéma : exigeante, généreuse, jamais cynique. Huit films en une vie de travail, cela dit tout de son perfectionnisme. Il laisse une manière de filmer unique, un rythme, un souffle qui continueront de nourrir ceux qui font aujourd’hui du cinéma français. » Christine Lidon, autrice-compositrice, Présidente du Conseil d’administration de la Sacem.
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