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Hommage

Roland Bocquet, l’électron libre

16 septembre 2026Lecture de 4 min
Précurseur discret de la musique électronique française, Roland Bocquet aura aussi marqué le rock progressif au sein du groupe culte Catharsis, avant de mettre son inventivité au service du cinéma et de la télévision.
Roland Bocquet

Claviériste talentueux issu d’une formation classique mais aussi musicien de jazz, Roland Bocquet, se retrouve, dans l’euphorie post-mai 68, embarqué dans la folle aventure du rock psychédélique et progressif français. Il vécut avec Catharsis, groupe qu’il a cofondé, en plein cœur de ces années charnières pour la musique underground française.

« Quand j’ai rencontré les musiciens avec qui j’ai fait Catharsis, eux ne connaissaient pas la théorie musicale. C’étaient des guitaristes. On s’est rencontré chez Mireille […] Ils connaissaient trois accords, donc je me suis dit qu’avec trois accords, on allait tout faire. Et on a tout fait. », confiait-il en 2008 sur Aligre FM. Armés d’un simple magnétophone, ils improvisent, réécoutent, et donnent naissance à une de leurs premières œuvres : Masq (1971), navigant entre influences de Pink Floyd (période Ummagumma), Magma, Gong, Les Camemberts Electriques, tout en intégrant des sonorités folkloriques qui marquent profondément leur style.
Cette musique souvent qualifiée de « médiévale », fit le bonheur des fans du groupe, qui selon les dires de Roland Bocquet, n’étaient allergiques ni à l’étiquette hippie, ni aux psychotropes de l’époque !
Grâce à Saravah, mythique maison de disques du tournant des décennies 1960-1970, Catharsis se voit proposer une expérience incroyable : vivre quatre ans dans un château de la Sarthe, aux frais du label. Ce château donnera d’ailleurs son nom à l’un des albums majeurs composés sur place, Les Chevrons, aux côtés de 32 Mars. À la suite du départ de Patrick Moulia, Roland Bocquet prend en charge la composition, confirmant son rôle central dans le groupe.

De l’électronique aux écrans : une créativité sans frontières

Quelques années plus tard, avec la fin de Catharsis, Roland Bocquet explore de nouveaux horizons. Fasciné par les synthétiseurs et Kraftwerk, il devient l’un des précurseurs de la musique électronique en France. Il produit alors des albums inclassables. Le disque Paradia (1977) en est l’étendard, et demeure très recommandable aux fans de Plantasia de Mort Garson ou de Pacific de Haruomi Hosono, Tatsuro Yamashita et Shigeru Suzuki. D’autres singles délirants tels « Le Répondeur Automatique » ou « Flipper Amoureux », témoignent de son esprit joueur et avant-gardiste.
Sa carrière se diversifie : il compose des musiques pour des dessins animés (comme X-Or en collaboration avec Jean-Pierre Savelli, Petites canailles, Tchaou et Grodo), des films (La Balance, Blessure…), et collabore avec des artistes comme Boris Bergman. Il devient également musicien de scène, accompagnant notamment la chanteuse Marie-France.
Une créativité folle qui fit naviguer le compositeur de la musique classique au jazz, du rock progressif à l’électronique, de la Library Music aux bandes-son de films. Roland Bocquet laisse derrière lui un héritage où la liberté, l’audace et l’humour restent indissociables de son art.
Il était entré à la Sacem en qualité de compositeur le 31 octobre 1968, avant d’être promu Sociétaire définitif le 29 avril 1986.

« Compositeur inspiré, grand dessinateur ignoré et néanmoins ami. Nous avons fait un petit bout de chemin ensemble, avec des arrêts chez Bob Swaim pour la bande son du film La Balance, et pour la chanteuse Marie France, dont j’écrivais les textes pendant qu’il composait la musique. Co-compositeur avec Paul Ives de la musique du film Blessure, première apparition musicale de Florent Pagny. » Boris Bergman, auteur-compositeur

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