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Roger Viger, l’oeuvre originale

En 1962, le cinéaste François Reichenbach retrace dans le court-métrage « Week-end en mer, le voyage inaugural du paquebot France, du Havre à New York ». Pour l’occasion, Juliette Gréco a enregistré la Valse de l’Au revoir, chanson légère dans sa forme, nostalgique par ses paroles, signées Serge Gainsbourg : « D’autres chagrins à consoler / M’ont déjà, de la mémoire effacée ». La mélodie, océanique, a été composée par un jeune musicien, Robert Viger qui s’était inspiré, pour la composer, de la Valse de l’adieu de Chopin. Il n’a pas trente ans, mais il connait déjà la valeur de la musique à l’image, et en fera sa vocation.
Né le 7 juillet 1934 à Meaux (Seine-et-Marne), Robert Viger est décédé le 19 août 2026. Pianiste, compositeur de plus d’une cinquantaine d’œuvres musicales pour des séries télévisuelles, des documentaires, des films, auxquels s’ajoutent des génériques d’émissions, Robert Viger crée en 1967 le label Musique pour l’image (MPI). Cette « bibliothèque » de vinyles à laquelle contribuent de grands noms de la composition, tels Vladimir Cosma ou Martial Solal, est classée par thème : « Energie », « Modulation », « Sciences, industrie, bestiaire », etc. L’esthétique reflète l’ouverture d’esprit de Robert Viger, qui absorbe et retranscrit avec talent les styles musicaux les plus vifs de l’époque : jazz, funk, ambiances électroniques …
La vue et l’ouïe à l’unisson
Sur les pochettes, figurent des collages en noir et blanc, oniriques, signés de Robert J. Hilton, un pseudonyme – Robert Viger en adoptera d’autres : Jan Yrssen, Robert Hermel … Les amateurs et collectionneurs de vinyles en font leur miel, et portent au pinacle l’album Climats, publié en 1981, pour son esprit avant-gardiste – sont proposés quinze thèmes de Robert Viger destinés à créer des ambiances.
Discret, esthète, Robert Viger a composé des génériques marquants : celui par exemple, de facture hawaïenne, de « Cocoshaker », série télévisée d’animation diffusée sur FR3 en 1981. Il a créé la musique des sept épisodes de « Haroun Tazieff raconte sa terre » en 1984, de Marianne, une étoile pour Napoléon de Marion Sarraut (1983). Au cinéma, il a collaboré avec Nina Companéez (Je t’aime quand même, 1994), ou encore Tony Scott (Domino, 2005).
Un avant-gardiste au service du grand public
Du paquebot France au thriller de Tony Scott, quarante ans séparent ces deux commandes, et pourtant la même exigence les traverse. Robert Viger aime les aventures. En 1982, pour la reprise en salle du film muet Les Espions de Fritz Lang (1928), la production lui demande de créer une bande son orchestrale. Atmosphère sombre, rythme effréné, mélodies envoûtantes, la musique de Viger rappelle, écrit Le Monde, Bernard Herrmann, le compositeur mythique d’Alfred Hitchcock.
N’aimant pas s’exposer, créateur d’une œuvre destinée au grand public, Robert Viger avait tenu une place de pionnier, comme le montre la réédition en 2022 de son album Racines Synthétiques, réalisé en 1978 avec Joël Fajerman, grand spécialiste du synthétiseur analogique Prophet 5, essentiel aujourd’hui encore dans la production musicale contemporaine.
Robert Viger était entré à la Sacem en qualité de compositeur le 5 octobre 1956, puis comme auteur le 25 octobre 1999. Il fut promu Sociétaire définitif dans la catégorie compositeur le 1er avril 1976.
« Robert Viger aimait se cacher derrière des pseudonymes, mais il ne pouvait pas cacher son talent : son œuvre parle pour lui, et parle encore aujourd’hui. Pianiste, compositeur pour l’image pendant plus de soixante ans, il a su faire dialoguer les avant-gardes et le grand public, avec la discrétion comme signature. » Christine Lidon, autrice-compositrice, Présidente du Conseil d’administration de la Sacem.
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