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Tony Gatlif, la musique au coeur

© Philip Conrad/Photo12
La musique n’est jamais un habillage dans l’œuvre de Tony Gatlif. Héraut de la communauté des Gens du Voyage, il gagne ses galons avec son septième film Latcho Drom, « bonne route », en langue romani.
Tony Gatlif est né Michel Boualem Dahmani, le 10 septembre 1948, à Alger, d’un père berbère et d’une mère rom. Arrivé en France en 1960, c’est lors d’un contrôle de police qu’il décide de changer d’identité pour éviter d’être renvoyé en Algérie. Il prend alors le nom d’un espace vert d’Alger, le parc Gatlif. Après un passage en maison de correction, il est envoyé en Camargue sur décision de justice.
En Algérie, la famille, très démunie, habite une roulotte, éclairée à la lampe à pétrole et à la bougie, bercée, disait-il par « de la musique de fête, brutale, sauvage – la guitare flamenca, ça fait du bruit ! ». La vie de Tony Gatlif sera ainsi faite de hasard et de nécessités.
L’histoire d’un peuple nomade
Le hasard : à Alger, en 1955, un instituteur militant communiste et cinéphile, lui insuffle la passion du septième art. A Paris, en 1966, il croise Michel Simon, qu’il voit jouer Du vent dans les branches de sassafras de René de Obaldia. Fasciné, il se rend dans les loges, l’acteur lui signe une lettre de recommandation.
La nécessité : Tony Gatlif n’a de cesse de magnifier le mode de vie rom, sa lignée maternelle, dans sa poésie, son ardeur, sa souffrance. En 2004, Exils, road-movie entre la France et l’Algérie porté par Romain Duris, lui vaut le prix de la mise en scène à Cannes et marque le début de sa collaboration avec la compositrice Delphine Mantoulet. Ensemble, ils signeront aussi la musique de Liberté (2010), qui rappelle l’extermination des Tziganes par le régime hitlérien et se clôt sur Les Bohémiens, interprété par Catherine Ringer sur des paroles de Gatlif.
Latcho Drom, en 1993, déroule un long voyage musical, à partir de l’Inde d’où est issu le peuple rom, vers l’Andalousie en passant par l’Egypte. Sans commentaires, sans dialogues, c’est une plongée dans les tablas du Rajasthan jusqu’au swing gitan des Saintes-Maries-de-la-Mer. Ces musiques, disait Tony Gatlif, « je les ai reçues comme une transe. Le rythme monte, gagne les cœurs et les emballe jusqu’au vertige ».
Jazz, rebetiko, rock, électro
Cette passion musicale irrigue toute la filmographie de Tony Gatlif. En 1997, Gadjo Dilo révèle la chanteuse franco-roumaine Rona Hartner, qui n’appartient pas à la communauté rom, mais en adopte le chant, les codes et la langue. Trois ans plus tard, Vengo s’attache à l’essence du flamenco gitan ; en 2002, Swing est une immersion dans le jazz manouche et Djam en 2017, dans le rebetiko grec.
Tony Gatlif passe parfois des caméras à la scène, créant en 2007, Vertiges, un spectacle musical mêlant Oum Kalsoum, le chant tzigane de Hongrie, le violon de Transylvanie, le daf persan, et le cajon du flamenco. En 2013, il dédie un spectacle-concert au poète persan Omar Khayyam au Festival de musique sacrée de Fez (Maroc).
Son ultime film, Ange, sorti en 2025, suit les errances d’un musicien sans attaches, incarné par Arthur H. Le cinéaste et le chanteur s’étaient rencontrés dans un studio de radio, invités par une admiratrice commune, Brigitte Fontaine, gardienne des marges et de l’insoumission. C’est à Arles, dans la Camargue de sa jeunesse difficile que Tony Gatlif s’est éteint le 2 septembre 2026.
Tony Gatlif était entré à la Sacem en qualité de compositeur le 17 septembre 1984, en tant qu’auteur le 21 octobre 1996, puis comme réalisateur le 7 février 2000.
© Philip Conrad/Photo12
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